Caractérisation et diagnostic sylvicoles des zones de séquestration du carbone en contexte routier. Rapport final. CERFO. Rapport 2020-13. 125 pages.

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En 2017, le ministère des Transports du Québec s’est engagé, dans son Plan d’action de développement durable, à réduire et à compenser les émissions de gaz à effet de serre liées à ses activités, dans une optique de carboneutralité. En plus de mettre en place des actions d’évitement
et de réduction à la source des émissions de GES générées par ses activités, le ministère a décidé de compenser les émissions de GES qui n’ont pu être évitées ou réduites. Une stratégie de séquestration du carbone dans un contexte routier a donc vu le jour. Elle vise à créer de nouveaux boisés par des plantations dans des friches et à proposer l’aménagement de boisés existants tout en les protégeant d’une conversion. Ce projet s’insère dans cette Stratégie et poursuit alors l’objectif général d’augmenter la quantité de carbone séquestrée dans les différents réservoirs, et ce, dans un contexte routier, sur des terres appartenant au ministère des Transports.

Dans un premier temps, est présentée une revue des techniques de végétalisation, de boisement et d’aménagement applicables au contexte routier du Québec, permettant la séquestration du carbone, avec des objectifs de maximisation et de pérennité des stocks de carbone, des bénéfices climatiques et de la fonctionnalité des écosystèmes. Des sites couvrant environ 360 ha, répartis en Mauricie, en Montérégie et dans la région de Montréal, sont caractérisés sur la base d’une méthode reproductible, en utilisant les données cartographiques disponibles (cartes écoforestières, dérivées du lidar, pédologiques) et des données recueillies sur le terrain.

Sept principaux cas-types sont issus de cette caractérisation : les milieux riches de loams ou d’argiles bien drainés dans l’érablière à caryer (cas-type 1), ceux plus sablonneux bien drainés (cas-type 2), les milieux riches de loams ou d’argiles de drainage imparfait dans l’érablière à caryer (cas-type 3), les milieux de loams ou d’argiles bien drainés dans l’érablière à tilleul (cas-type 4), les milieux de loams ou d’argiles de drainage imparfait dans l’érablière à tilleul (cas-type 5), ceux mal drainés (cas-type 6) et les sites avec une présence importante de phragmite (cas-type 7). Pour les cas-types 6 et 7, il est décidé que la non-intervention (aucun aménagement des boisés et aucune plantation dans les friches) est la meilleure option. Dans les sites en friche, quatre patrons de plantations complexes sont proposés (variations dans le choix des essences plantées, des espacements entre les plants et des interventions d’entretien et de récolte planifiées). Le choix des essences repose avant tout sur la recherche d’une diversité fonctionnelle et la production à maturité d’un peuplement constitué d’une diversité de types, majoritairement des variétés longévives, permettant de produire du bois de sciage offrant la possibilité de jouer un rôle de substitution. Le choix et la séquence des essences sont aussi guidés par les objectifs d’un des projets de recherche concernant la réponse des variétés au processus de mycorhization, lorsque ces dernières sont, soit à proximité d’essences ayant le même type de mycorhization, soit d’un type différent.

Lorsque les superficies disponibles le permettent, ces patrons sont ensuite intégrés dans un dispositif expérimental dont l’objectif général est de prédire et suivre, à long terme, leur bilan de carbone à l’échelle du milieu. Actuellement, il manque quelques sites pour obtenir le nombre d’unités expérimentales permettant d’avoir un dispositif statistiquement rigoureux. Une recherche de sites supplémentaires est prévue à l’été 2020. Dans les friches de superficie trop restreinte pour accueillir le dispositif, le patron Entretien limité est favorisé. Au total, dans et hors dispositif expérimental, ce sont 8,3 ha qui sont actuellement planifiés en plantation en 2021 en Mauricie, 16,1 ha en Montérégie et 16,5 ha dans la région de Montréal.

L’analyse diagnostique des boisés a mis en évidence qu’une partie des sites, couvrant près de 18 ha, n’offre pas de potentiel d’optimisation de la séquestration du carbone par des actions sylvicoles ou ne nécessite pas d’interventions à court terme pour remplir ce rôle. Certains peuplements par contre, offrent un potentiel d’optimisation de la séquestration du carbone par la sylviculture. L’objectif général est alors de favoriser la croissance d’essences longévives permettant de stocker le carbone sur une longue période de temps et de diversifier les structures verticales des boisés. Éventuellement, la production de bois de sciage, ou autres produits de longue durée, sera possible sur ces sites. Ces peuplements font l’objet d’un diagnostic sylvicole plus précis et d’une prescription sylvicole à court terme. Ils couvrent 10 ha en Mauricie, 25,6 ha en Montérégie et 66,7
ha dans la région de Montréal. Plusieurs scénarios sylvicoles types sont également décrits pour guider les interventions à réaliser dans le futur, qu’il s’agisse de plantations en friche ou de boisés. La force d’un tel projet est dans le long terme car, comme tout projet qui repose sur la croissance
des arbres, les effets des plantations et des interventions sylvicoles sur le bilan carbone prendront du temps et seront progressifs. Il est donc essentiel de s’assurer que les nombreuses organisations impliquées dans le projet collaborent adéquatement sur le long terme. La survie des plantations et une séquestration optimale du carbone dépendent de la mise en œuvre des scénarios sylvicoles et de la réalisation dans le futur, de certaines interventions stratégiques sur le terrain. Il est alors primordial que le financement nécessaire à la réalisation de ces interventions soit rendu disponible et que ces dernières aient bel et bien lieu selon le calendrier proposé et avec l’expertise appropriée.

La raison d’être d’un projet comme celui-ci repose sur des hypothèses. Les bénéfices qui seront quantifiés et utilisés pour compenser les émissions de GES fossiles seront dépendants du respect de la stratégie développée pour générer les bénéfices estimés.